"C'est avec la plus vive affliction que nos frères et sœurs ont sans doute appris le décès de notre cher frère Paul Badaut. Tous ceux qui ont eu le privilège d'assister. au début du mois d'août, à l'Assemblée annuelle de la Conférence du Midi, étaient heureux de revoir le vétéran de nos ouvriers en France, travaillant dans l'oeuvre du Seigneur depuis un demi siècle. Mais qui aurait pensé alors, en le voyant si plein de santé, qu'il n'avait plus que quelques jours à vivre.
De Collonges, frère et soeur Badaut s'étaient rendus à la Chaux-de-Fonds chez des parents. Avec eux, ils allèrent, en voiture, à Branges, commune d'origine de la famille Badaut. En rentrant dans le Gard, frère Badaut, voyageant debout toute la nuit, prit froid, et arrivé chez lui dut s'aliter. Son cas devenant sérieux, il fut transporté à la Maison de Santé Protestante d'Alès où il expirait dans la soirée du lundi 13 septembre. Son corps fut ramené à son domicile du Poulverel à Anduze où eut lieu l'inhumation dans l'après-midi du 15 septembre.
L'auteur de ces lignes, avisé à temps, put se rendre sur place pour accompagner à sa dernière demeure un ancien camarade et ami, et pour témoigner à notre chère soeur Badaut et à sa fille, sœur Enrico Bertalot, sa très vive et sincère affection dans le deuil si inattendu qui prive l'OEuvre de Dieu d'un serviteur fidèle et si utile encore.
Depuis trois ans, frère Badaut avait pris sa retraite, mais travaillait avec un zèle et un dévouement dignes d'admiration. S'occupant de tous les groupes et isolés du Gard, frère Badaut se dépensait sans compter et je n'étais pas le seul à croire qu'il se fatiguait trop. Quel exemple digne d'être imité par les jeunes ouvriers !
Plusieurs jeunes prédicateurs de la Conférence du Midi transportèrent son cercueil dans son jardin où il fut inhumé et où eut lieu le service funèbre. Frère Mathy retraça les grandes lignes de la carrière d'évangéliste de notre frère Badaut.
Le soussigné commenta quelques-unes des promesses bibliques concernant la glorieuse espérance de la résurrection. Tous ces passages étaient connus de soeur Badaut et de sa fille, si vaillantes et courageuses clans leur grande épreuve. Il m'était donc facile de leur dire de ne pas pleurer comme ceux qui sont sans espérance.
Une nombreuse assistance était réunie autour de la tombe : des représentants de nos églises de Bordeaux, Montpellier, Valence et la plus grande partie de nos membres du Gard. La grande tristesse qui se peignait sur les visages de tous
prouvait assez la perte qu'ils éprouvaient par le départ de ce vaillant serviteur de Dieu.
Chère soeur Badaut, puisque vous voulez continuer l'oeuvre de votre cher Paul, que Dieu vous soutienne en vous donnant force, santé, courage. Soyez sûre que vous pouvez compter sur nos prières. Nous vous redisons ici, ainsi qu'à votre fille et à toute la famille, que nous prenons une part très vive à la grande épreuve par laquelle Dieu, dans ses dispensations mystérieuses, vous fait passer.
J.-C. Guenin
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Adventiste dès son jeune âge, évangéliste dans l'âme, pasteur dévoué, travailleur infatigable, notre frère Paul Badaut restera longtemps présent dans la mémoire de tous ceux qui ont eu le privilège de le connaître.
C'est un vaillant serviteur de Dieu qui disparaît à l'âge de 68 ans. Tout jeune encore, il passa deux ans à l'institut sanitaire de Bâle et suivit un cours biblique à Genève, en 1902 ; puis il fut envoyé à Charleroi, en Belgique. Deux ans plus tard, il se fixa à Mazamet avec son épouse, sœur Rosa Fontane. C'est à ce moment-là que j'eus l'occasion de l'entendre en Bresse où il était venu présenter sa jeune femme. Je n'étais pas encore baptisé, mais j'avais observé déjà quelques sabbats. Sa voix claironnante, ses yeux de braise firent sur moi une profonde impression, et à la réunion de témoignages qui suivit je me levai pour promettre au Seigneur de lui être fidèle quoiqu'il arrive.
Après avoir passé quelque temps à Mazamet, notre frère fut envoyé en Suisse : à Yverdon, à Neuchâtel, et à Sainte Croix. De là, il partit pour la capitale, puis à Lyon et en Afrique du Nord d'où il se rendit à l'île Maurice pour y fonder nos premières églises. Tous ceux qui sont allés à cette île lointaine nous parlent du travail admirable qu'y fit notre frère.
Il revint des colonies en 1920. Tout son désir aurait été de continuer son travail de missionnaire, mais, hélas, la santé de sœur Badaut ne le lui permit pas. Il travailla successivement à Nîmes, Lyon et Nice. Puis, il fut président de la Conférence du Midi pendant six ans. Sa dernière étape fut la ville de Bordeaux. Et en 1945, il se retira à Anduze.
Mais cette retraite fut débordante d'activité. Frère Badaut s'occupa des groupes du Gard qu'il parcourait inlassablement. Trente kilomètres, aller et retour à pied, ne l'épouvantaient pas. Il eut la joie de baptiser une trentaine de personnes en trois ans. Peu avant sa mort, il devait encore baptiser une famille d'Alès.
Mais Frère Badaut ne pouvait continuer longtemps à se dépenser de cette manière. Que de fois j'ai dû écrire de Marseille pour l'inviter à se modérer !
Dieu lui a donné du repos. Les frères et sœurs du Gard le pleurent comme un père et ressentent douloureusement le vide occasionné par son départ. Ils se consolent à la pensée de le revoir bientôt, au retour du Maître.
L.-A. Mathy.
Remerciements
Soeur Badaut et la famille Enrico Bertalot, dans l'impossibilité de répondre aux nombreux témoignages de sympathie reçus de France et d'ailleurs, à l'occasion de la perte douloureuse qu'elles viennent de subir, remercient sincèrement tous les frères et sœurs.
Revue adventiste, novembre 1948, p.15