"C'est au début de notre siècle seulement que nous avons sérieusement songé à l'évangélisation de l'Espagne. Lors d'une séance du comité de la Conférence Générale européenne tenue dans le courant de l'hiver 1902-1903, une commission composée de B.-G. Wilkinson, Jean Vuilleumier et Jules Robert fut nommée, avec mission de visiter l'Espagne dans le plus bref délai afin de déterminer sur place quelles perspectives s'ouvriraient à notre oeuvre dans ce pays.
La commission fit son voyage d'étude en fébrier-mars 1903 et rendit un rapport des plus optimistes. Les envoyés avaient été surpris en bien : ils avaient constaté d'une part les dispositions religieuses du peuple et d'autre part la liberté avec laquelle les protestants exerçaient leur activité. Ils pensaient donc qu'il fallait profiter de cette situation, sans perdre plus de temps, pour introduire le mouvement adventiste en Espagne.
Les comités responsables donnèrent suite à cette requête, d'autant plus qu'ils se proposaient d'agir dans ce sens. En juillet 1903, Frank Bond, son frère Walter et la femme de celui-ci arrivaient d'Amérique pour proclamer l'Evangile éternel parmi les Espagnols. Ils s'établirent d'abord à Barcelone, en Catalogne. Comme on parle surtout le catalan dans cette région, les nouveaux venus se perfectionnèrent avec peine dans la langue espagnole. Ils se mirent néanmoins au travail. En octobre 1903 ils se fixérent à Sabadell, petite ville des environs. Grâce au concours d'un instituteur protestant, ils ouvrirent une école comme moyen d'évangélisation. Les résultats en furent réjouissants : le 28 juin 1904, trois personnes furent baptisées, dont Joseph Abella qui travailla par la suite comme prédicateur adventiste en Afrique du Nord et au Portugal. Quelque temps après, Maria Serra et sa fille Lola Casals - cette denière employée plus tard dans la vigne du Seigneur - s'unirent également à l'Eglise adventiste par le baptême.
En 1904, William Robinson et sa femme vinrent d'Angleterre pour joindre leurs efforts à ceux des frères Bond. Robinson, qui dirigeait alors notre oeuvre en Espagne, s'établit à Barcelone avec Frank Bond. Walter Bond poursuivait son activité à Sabadell; bientôt après il dut retourner aux Etats-Unis pour des raisons de famille. En 1905 il regagna son champ de travail et fut chargé de la direction de la Mission, poste qu'il occupa jusqu'à sa mort.
Comme partout ailleurs, nos publications jouèrent dès le début un rôle important dans notre oeuvre en Espagne. A l'assemblée générale de l'Union Latine de 1906, Walter Bond déclarait qu'en quatre mois 108.000 pages de traités avaient été vendues, 17.000 données.
Sur le rapport de l'assemblée de 1907 figurent déjà plusieurs colporteurs, notamment Lope Nicolas et Joaquim Matas.
En 1906, Frank Bond fut tranféré à Valence. Des baptêmes eurent lieu dans cette ville en 1907, et à la fin de cette année-là il y avait 29 membres d'église en Espagne. Ces victoires furent acquises au prix de rudes efforts et souvent malgré une forte opposition, beaucoup plus sensible dans les villages que dans les grandes villes. Néanmoins, chaque année marquait de nouveaux progrès. En 1909, Salvador Iserte, Pedro Sanz, Vicente Garcia et d'autres encore se joignirent aux colporteurs.
John L. Brown, arrivé du Mexique en 1911 pour diriger l'oeuvre du colportage en Espagne, donna une impulsion nouvelle à cette activité, qui se développa dès lors d'une façon remarquable, souvent au delà de notre attente. Au cours des années, des milliers de gros livres furent placés dans toutes les provinces de l'Espagne, aux îles Baléares et Canaries, au Maroc espagnol. L'ouvrage médical Guia practica de la Salud (Guide pratique de la Santé) connut un très grand succès, mais nombre de livres religieux furent aussi vendus. Cette situation a malheureusement changé depuis le début de la guerre civile en 1936; nous espérons toutefois que l'avenir nous réservera encore de belles victoires dans ce domaine.
La première assemblée générale de la Mission espagnole eut lieu en 1910. Pendant l'hiver 1911-1912, des campagnes d'évangélisation se poursuivirent à Barcelone, à Carthagène et à Murcie. L'église de Barcelone comptait 47 membres lors de la troisième assemblée annuelle tenue fin août 1912. On décida alors de commencer le travail dans la province de Jaen Au 30 septembre 1912, le nombre de membres en Espagne s'élevait exactement à 112. A cette date, les colporteurs L. Nicolas et V. Garcia travaillaient dans l'évangélisation; P. Sanz s'y adonna également plus tard.
L'année 1914 fut tragique pour la Mssion espagnole, car la mort lui ravit une lectrice de la Bible, Lola Casals, en avril, le directeur, Walter Bond, le 12 novembre, et un évangéliste, Lope Nicolas, le 14 décembre. L'année suivante fut assombrie par le décès, survenu à Gland (Suisse), de E.-F. Forga, homme instruit originaire du Pérou, que la Mission employait comme rédacteur et traducteur. Malgré ces pertes cruelles, le mouvement adventiste faisait d'année en année de nouveaux progrès. La maison d'édition fut dûment organisée en 1915 sous la direction de L.-E. Borle. A la fin de l'année 1916, il y avait en Espagne 7 églises et groupes avec 169 membres.
La Mission Espagnole fit partie de l'Union latine jusqu'en 1926, puis elle constitua, avec le Portugal, l'Union Ibérique. L'Espagne fut alors divisée en deux Missions, celle de l'Est et celle de l'Ouest, organisation qui subsista jusqu'en 1932. Depuis cette époque, ce territoire ne forme plus qu'une seule Mission, qui dépendit de l'Union Ibérique jusqu'en 1939, ensuite de la Division Sud-Européenne.
Signalons encore, dans le domaine des imprimés, qu'un journal mensuel, Las Señales de los Tiempos (Les Signes des Temps), fut publié et répandu en Espagne pendant plus de vingt ans, soit jusqu'en 1935. Un journal d'hygiène lui succéda, mais son existence fut brève, la guerre civile mettant fin à toute activité de ce genre.
Notre jeunesse espagnole, ne possédant pas d'école missionaire, fréquenta habituellement notre institution de langue française. Le Séminaire de Collonges eut d'ailleurs un département espagnol pendant quelques années. Mais il nous faut une école en Espagne. Nous en avons ouvert une petite à Madrid en 1941. et nous souhaitons que ce nouveau-né grandisse rapidement afin de pouvoir faire face à la situation dans le plus bref délai possible.
La direction de notre oeuvre en Espagne se trouvait à Barcelone jusqu'au moment de l'organisation de l'Union Ibérique en 1926. Elle fut alors transférée à Madrid, où elle est encore.
Des progrès encourageants ont été réalisés depuis la guerre civile, malgré les restrictions imposées à tous les cultes protestants. On peut même affirmer que l'année 1943 fut l'une des meilleures, puisque durant cet exercice une soixantaine de personnes reçurent le baptême. Au 31 décembre 1948, il y avait en Espagne 10 églises avec 627 membres".
Robert Gerber, le mouvement adventiste, éd. Les Signes des Temps, Paris, 1950, p. 148-151