Le Messager de mars 1900 publiait en premier page un bref article de L.-R. Conradi portant comme titre : Notre Mission de Paris, et dont voici le contenu :
"Le moment étant arrivé de mettre à exécution la résolution prise à notre dernière assemblée annuelle par rapport à la fondation d'une mission à Paris, nous espérons que les frères se souviendront de nous dans leurs prières, afin que l'entreprise soit bien commencée.
Nous espérons aussi que non seulement ils prieront pour nous, mais qu'ils rechercheront le Seigneur et se montreront généreux dans leurs dons pour cette mission. La fondation d'une mission est toujours coûteuse et exige des sacrifices, et ce sera surtout le cas avec celle qui nous occupe maintenant, à cause de la cherté de la vie à Paris pendant l'exposition. Mais si tous font quelque chose et envoient leurs dons à notre caissier à Bâle, nous aurons des fonds en suffisance. Ainsi nous nous attendons à ce que nos frères et soeurs partout fassent preuve de générosité, et nous croyons que nous ne serons pas déçus."
Cet appel reçut effectivement une prompte réponse, car en avril 1900 déjà Paul Roth et sa compagne s'établissaient à Paris pour y entreprendre un travail médical. Deux colporteurs essayèrent aussi d'y placer Les Signes des Temps et Le Vulgarisateur, mais sans grand succès. Vers la même époque, A.-L. Meyrat ouvrait un magasin de produits alimentaires dans la capitale française. Jean Vuilleumier et Arnold Roth prirent une part spécialement active à ces débuts. L'église de Paris fut organisée le 6 avril 1901, à la fin d'une journée de sabbat bénie au cours de laquelle les Adventistes du Septième jour célébrèrent pour la première fois la sainte Cène dans la Ville Lumière.
L'assemblée générale de la Conférence de l'Europe centrale de 1900 décida de placer L.-P. Tièche à la tête de l'oeuvre adventiste dans le Midi de la France. En 1902, lorsque l'Union Latine fut fondée, on procéda en même temps à l'organisation de la Mission française dont le premier directeur fut J. Curdy. B.-G. Wilkinson, premier président de l'Union latine, s'établit à Paris en automne 1902 ; il y dirigea le cours biblique de 1902-1903. En rapport avec l'enseignement théorique, les élèves accomplissaient un travail pratique par le moyen du colportage, de visites missionnaires, etc.
Au 30 septembre 1902, il y avait en France 130 membres d'église répartis dans une dizaine de congrégations. Avec un tel fondement, le mouvement adventiste pouvait dès lors se développer plus régulièrement dans ce vaste pays. Au 31 décembre 1907, une quinzaine d'églises et de groupes comptaient au total 227 membres. En cette même année, la Mission française devint une Conférence. Au terme de 1914, c'est-à-dire peu de temps après le début de la première guerre mondiale, il y avait 357 membres d'église en France. A la fin de la guerre, au 31 décembre 1918, les rapports indiquaient 439 membres. Ces chiffres ne comprenaient pas l'Alsace-Lorraine, que l'on ne peut cependant passer sous silence. Signalons à ce propos que le mouvement adventiste pénétra dans ce territoire en 1876 déjà, grâce à quelques réunions de D.-T. Bourdeau. Au début de 1919 mourait un homme du nom de Dolder, considéré comme le premier adventiste d'Alsace. Il l'était devenu en 1878 mais le mouvement adventiste commença vraiment à prendre pied dans cette région vers la fin du siècle dernier seulement. Il ressort du rapport présenté à la première session annuelle de la Conférence d'Alsace-Lorraine tenue à Strasbourg en juin 1919 que la première église organisée fut celle de Mulhouse en 1901, puis celle de Strasbourg en 1902, de Metz en 1907, de Merlebach en 1909, de Colmar en 1910, etc. Cette Conférence, avec un effectif d'environ 200 membres, fut alors rattachée à l'Union Latine, et son territoire fit désormais partie de la France.
En 1923, l'ancienne Conférence française fut remplacée par deux Conférences : celle du Midi et celle de Nord. Celle d'Alsace-Lorraine prit alors le nom de Conférence de l'Est de la France. Cette organisation du mouvement adventiste dans ce pays subsiste encore aujourd'hui. Au moment de la dissolution de l'Union Latine, en 1928, le territoire français, appartenant à cette dernière, s'adjoignit la Belgique pour former avec elle l'Union Franco-Belge, dont le siège est à Paris.
Robert Gerber, le mouvement adventiste, éd. Les Signes des Temps, Paris, 1950, p. 134-136