Lorsque la Conférence Générale envoya J.-N. Andrews en Europe afin d'y travailler au développement du mouvement adventiste parmi la population de langue française, les efforts entrepris en Suisse romande ne devaient être, cela va sans dire, que le prélude d'une vaste action dont la France serait l'enjeu.
L'envoi de D.-T. Bourdeau à l'Ancien Monde obéissait sans l'ombre d'un doute à cette préoccupation. Arrivé en Suisse en janvier 1876, Bourdeau partit pour la France en octobre de la même année, proclamant la vérité présente en divers lieux, mais surtout à Valence, où dix-sept personnes furent baptisées. En mars 1877, il se rendit à Paris avec J.-N. Andrews pour prendre contact avec le gouvernement afin de pouvoir prêcher l'Evangile avec plus de liberté, car cette oeuvre rencontrait alors de nombreuses restrictions, surtout de la part des autorités ecclésiastiques. Ce premier séjour en France de D.-T. Bourdeau prit fin en septembre 1877.
Bâle expédiait régulièrement de nombreux exemplaires du journal Les Signes des Temps à diverses adresses en France. Ce moyen de pénétration s'avéra efficace, notamment à Branges (Saône-et-Loire), où D.-T. Bourdeau donna une série de réunion en 1884 ; quelques personnes reçurent le baptême et une église y fut dûment organisée. De là, D.-T. Bourdeau se dirigea vers Bastia, en Corse, où Les Signes des Temps avaient également suscité de l'intérêt en faveur des doctrines de l'Eglise adventiste. Après un séjour d'un mois seulement, il y fonda une église de 11 membres.
Aux régions mentionnées (Valence, Branges, la Corse), il convient d'en ajouter d'autres vers 1890, tout particulièrement dans le Midi de la France, notamment Nîmes, et plusieurs autres localités du département du Gard, ainsi que Lacaze, dans le Tarn. La liste s'allonge du nom de Pierre-Ségade (Tarn), où une école du sabbat vit le jour en 1893, de Besançon en 1894 et de Lyon à la même époque. D'après un compte rendu de G. Roth publié en 1897 dans Le Messager, il n'y avait alors que quatre prédicateurs consacrant tout leur temps à la proclamation du message adventiste en France, entre autres J.-P. Badaut et L.-P. Tièche. C'est pendant cette même année que les rapports des colporteurs signalèrent pour la première fois la vente de nos publications en France par le moyen du colportage. Deux colporteurs exerçaient alors leur activité dans la région de Montbéliard, et une colporteuse en Saône-et-Loire. Il convient de rappeler toutefois qu'une tentative avait déjà été faite dans ce domaine en 1888 par E.-P. Auger, venu d'Amérique.
Avant la fin du siècle dernier, Joseph Curdy, Tell Nussbaum et David Lecoultre figurèrent aussi parmi nos prédicateurs à l'oeuvre en France. Le rapport financier de la Conférence de l'Europe centrale arrêté au 30 septembre 1899 renferme un fonds intitulé Mission de Paris : on n'oubliait pas la capitable de la République française ! Ce fonds fut sans doute constitué à l'assemblée générale de la Conférence de l'Europe tenue à Lausanne en août 1899. On y parla beaucoup de la France, et en particulier de Paris, et l'on prit l'engagement d'y établir une mission le plus vite possible.
Robert Gerber, Le mouvement adventiste, éd. Les Signes des Temps, Paris, 1950, p. 132-134